Vérité et réalité

Toute dernièrement, l’image du Christ, enfin… l’image de l’image du Christ, a été vue par des milliers de personnes, croyantes ou non, sur le dossier du siège du curé de l’église de Cambuston à Saint-Paul de La Réunion.

Il y a ceux qui se sont déplacés et qui ont vu. Il y a ceux, beaucoup moins nombreux certes, qui se sont tout comme les premiers déplacés, mais qui n’ont pas vu. Il y a enfin ceux qui ne se sont pas déplacés et qui n’ont, bien entendu, rien vu. Il y a donc deux affirmations simples et une évidence qui caractérisent l’événement.

En poussant un peu plus loin la recherche des catégories, on pourrait vraisemblablement dire qu’il se trouvera demain une quatrième catégorie de personnes qui, bien que n’ayant pas fait le déplacement, affirmera quand même avoir ou ne pas avoir vu. Et oui, à force de concevoir, on finit aussi par voir ou ne pas voir !

Mais seules les témoignages des deux premières catégories de personnes méritent un intérêt dans le cadre d’un questionnement sur la vérité. Y avait-il bien sur le dossier du siège du curé l’image du Christ, ou plutôt l’image de l’image du Christ ?

Nous avons, nous aussi, été à Cambuston. C’était un jour de grande affluence. Et bien nous en a pris. Car il y avait tellement de monde que nous n’avons pu pénétrer dans l’édifice. Alors comment dire la vérité ?

Nous sous sommes contenté de questionner les personnes à leur sortie de l’église. Nous avons bien entendu obtenu deux catégories de réponses :

– « oui, nous avons bien vu», même si les réponses étaient parfois relativisées d’un « mais, c’était pas très net »,

– «  non, nous n’avons rien vu ».

Mais devant la naturelle sincérité des personnes qui nous ont répondu, devant leur émotion, nous nous sommes rendus à l’évidence qu’il y avait deux vérités. Mais la vérité n’est-elle pas unique et indivisible, par définition ?

Nous avons alors décidé de ne pas attendre plus longtemps car si nous avions franchi les portes de l’église, nous aurions, nous aussi, vu ou pas vu. Nous aurions en conséquence dit la vérité, mais quelle mépris pour, dans le premier cas, ceux qui n’ont rien vu ; et quel semblable mépris pour, dans le second cas, ceux qui ont vu ! Et quelle présomption de notre part, nous qui aurions affirmé.

C’est alors que l’évidence nous est apparue : la vérité, dans cet événement, s’est effacée devant la réalité :

– « oui, Monsieur, c’est bien le Christ, il faut voir, c’est divin, je me suis agenouillée… J’en suis encore toute retournée… »

– « non, Monsieur, je n’ai pas vu, mais c’est pas grave, j’ai prié pour les enfants malades, et je me suis sentie bien ».

En fin de compte, chacun, qu’il ait vu, ou pas vu, disait, à sa manière, même en totale opposition, la vérité, la vérité pleine et entière, devenue réalité, et qui se trouvait dans une même ferveur partagée.

jipsan