Les Justes de demain
Nous ne pensions pas si bien cibler en publiant (voir notre tribune libre du 07 avril) un billet sur les clandestins et sur ces familles d’accueil, alliés objectifs des gouvernants déclarant ouvertement lutter contre les dérives fondamentalistes.
Il nous paraît tout d’abord anormal de stigmatiser la personne en la qualifiant de clandestin, d’immigré… tout comme, en poussant un peu plus loin la réflexion, de la désigner tout simplement, qu’elle pénètre légalement ou illégalement dans le pays qu’elle a choisi, ou qu’elle vienne surpeupler un logement dit social.
Un article de loi punit celui qui apporte une quelconque aide à un clandestin.
« Si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis pour ce délit », est le nouveau mot d’ordre d’un grand rassemblement national qui prend forme, qui gonfle plus rapidement qu’on ne l’aurait pensé –au point de pousser le ministre Besson à se justifier.
Les Justes sont ceux qui, par conviction, ont sauvé de la déportation au péril de leur liberté, et parfois de leur vie, les juifs et les tsiganes.
Ceux qui aujourd’hui aident les clandestins tombent également sous le coup de la loi : Cinq ans d’emprisonnement et 5000 euros d’amende !
Certes, il y a une différence de traitement, si ce n’est de finalité, entre la déportation vers les camps de concentration du 3e Reich et celle des clandestins, baptisée pudiquement de « reconduite » au pays d’origine. Dans le premier cas, la déportation n’a aucune justification possible. Dans le second cas, la déportation est la conséquence d’une politique dite « d’immigration choisie ».
Mais dans les deux cas, le même arbitraire fait force de loi : la désignation. L’histoire se répète.
Pourtant, on ne compte plus les démarches de mémoire qui s‘installent un peu partout en France et en Europe. On pourrait penser que celles-là auraient pour effet d’éviter que la déportation ne se reproduise. Mais ceux-là même qui se réclament de la nécessité du souvenir créent les conditions de justifier demain de nouveaux devoirs de mémoire.
Alors faudra-t-il attendre que l’histoire libère de nouveaux camps de déportation avant de faire, des justiciables d’aujourd’hui, les Justes de demain.
Et si le clandestin n’était tout simplement qu’un prétexte pour créer de nouvelles occasions de glorification. Ne pouvant plus le faire au travers de faits d’armes, le candidat au piédestal le fera alors par des actes de commisération. On se glorifie avec ce qui reste !
jipsan

WRI