Sens moral et…
Une barcasse venant du Maghreb vient de sombrer en mer Méditerranée, une de plus, qui a fait des dizaines de disparus. Une autre venant de l’île d’Anjouan s’est retournée dans le canal du Mozambique, une de plus, qui a fait des dizaines de noyés. Très peu de monde s’en émeut. C’est devenu banalité.
Quelques survivants ont été récupérés, pour être jugés, puis enfermés en centre de rétention, puis expulsés. Retour au point de départ pour ces hommes, ces femmes et leurs enfants, ces adolescents, qui avaient placé leur refus du désespoir en direction de pays où l’intégration par le travail est encore possible.
Qu’à cela ne tienne, ils recommenceront, se feront à nouveau expulser, sans perdre espoir, sans jamais haïr.
Plutôt que de réagir en devenant révolutionnaires, terroristes ou pirates, mercenaires ou guerriers de l’apocalypse, kamikazes ou extrémistes, ils persisteront dans leur projet d’intégration.
Mais au lieu de les féliciter pour leur choix, pour leur sens moral, pour leur constance, on les reconduira à nouveau, inexorablement, sur les terres de misère qu’ils fuient à juste raison. Sans le moindre discernement intellectuel eu égard à leurs motivations. Sans rien vouloir savoir. Sans rien vouloir comprendre. Comme Sisyphe, on les condamnera au mouvement perpétuel. On les rejettera aux portes de la déportation, d’une déportation intra-muros que l’Occident a largement contribué à mettre en place.
…esprit de solidarité
Une famille algérienne vient de se faire expulser de l’appartement qu’elle occupe dans une citée des Mureaux, une de plus. Très peu de monde s’en émeut. C’est devenu banalité.
Le bailleur, une de ces sociétés d’économie mixte à visée sociale, soit disant, a justifié son intervention en justice en invoquant devant une assemblée d’édiles en visite, dont un Président, un retard de paiement des loyers, mais surtout une surpopulation locative.
Lors de la signature du bail, le coefficient familial se résumait à un couple avec trois enfants. Mais lors d’un contrôle (légal ?), il a été constaté que quatorze personnes partageaient l’appartement, pour une grande partie des clandestins.
« C’est inadmissible », s’est exclamé le représentant du bailleur. « Oui, absolument », a renchéri le Président.
Et tous les édiles présents d’approuver en concert !
Et combien de téléspectateurs de réagir de même ?
Plutôt que de mettre leurs parents à l’hospice, le couple signataire les a pris avec lui. Plutôt que d’abandonner ses frères sans toit, le couple les a hébergés. Plutôt que de laisser deux adolescents à la rue, il les a recueillis.
Cette famille, en cultivant l’esprit d’entraide, en hébergeant des démunis, est un exemple vivant de solidarité ; de cette solidarité dont l’absence est devenue la principale cause de la désespérance –et de la délinquance qui va avec– qui est au centre de la défaillance de notre société. Au lieu d’être félicitée et de faire l’objet d’une aide coordonnée, cette famille est stigmatisée, puis expulsée.
Ces deux faits divers mettant en scènes des clandestins et des immigrés sont explicites. Dans l’un comme dans l’autre cas, la France ne sait plus reconnaître ses alliés objectifs, ceux qui ne se laissent pas encore berner par les sirènes de l’alternative fondamentaliste, aveuglée qu’elle est par ses jugements d’Etat qui ressemblent davantage à des coupes partisanes à l’emporte-pièce qu’à une réflexion humaniste et sociale.
jipsan

WRI