Au théâtre du Tampon
Le flamenco, vous connaissez ?
Oui , on en a vu à la télé, mais jamais en vrai !
Les élèves des établissements scolaires du Sud, de Saint-Joseph aux Avirons, ne pourront plus dire cela car jeudi dernier (17 février 2011), plus d’un millier d’entre eux a assisté au théâtre Luc Donat du Tampon à un spectacle éducatif de qualité ayant pour but de présenter le flamenco ; spectacle qui a été donné par deux artistes réunionnais : le guitariste David Hoarau et la danseuse Amalia, le premier enseignant la guitare au conservatoire national de région, et la seconde, enseignant le flamenco sur l’île de La Réunion.
Le duo était parfait, mais il lui manquait sa troisième dimension : le chant, car, ainsi que l’expliquait en préambule David Hoarau, une prestation flamenco est une trilogie : un chanteur, un danseur pour donner une forme visuelle au chant, et un guitariste pour les accompagner rythmiquement et harmoniquement. Malheureusement, il n’y a pas de chanteur flamenco dans notre île. Mais ce n’était que moindre mal car la guitare de David Hoarau, très à l’aise, a remplacé le chant par des lignes mélodiques d’une très grande pureté, exécutées avec précision, force et sensibilité.
Le flamenco est né en Espagne, mais ses origines sont multiculturelles : gitanes, andalouses, arabes et même juives, expliquait David Hoarau tout en faisant un parallèle entre le maloya et le flamenco qui sont deux expressions musicales issues de l’exclusion. Ce sont des musiques de la culture de l’ombre qui se sont nourries d’elles-mêmes jusqu’à ce que l’histoire les reconnaisse comme expression artistique à part entière pouvant offrir d’importantes possibilités de renouvellement au grand courant de métissage qui prévaut actuellement et que l’on appelle la world music. C’est ainsi que le flamenco a quitté les campements gitans vers le milieu du XIXe siècle pour enfin conquérir, un siècle plus tard, les plus grandes scènes internationales. Mais il faut aussi citer, pour comprendre le processus de vulgarisation du flamenco, l’avènement du très grand guitariste Paco de Lucia qui a renouvelé la pratique de l’instrument en lui conférant une virtuosité universelle jusqu’ici jamais rencontrée, tout en conservant au genre ses formes traditionnelles.
David Hoarau, en guise d’introduction au concert qui allait suivre, jouait l’incontournable transcription pour guitare de « Asturias » d’Isaac Albenitz. Une manière de replacer le flamenco dans la très grande variété de formes du panel musical qualifiée d’Ecole espagnole.
Après cet exercice de guitare solo très vivement applaudi par les jeunes spectateurs, l’artiste remerciait l’assistance et annonçait qu’après cette pièce dite « classique », on allait en quelque sorte entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire dans la sensibilité, l’émotion, et la fougue du répertoire flamenco.
C’est avec une « farruca » de Vicente Amigo, un de ces jeunes talents espagnols qui se profilent dans le sillage de Paco de Lucia, que David Hoarau invitait la danseuse Amalia à faire son entrée sur scène. Une prestation qui déclenchait une seconde salve d’applaudissements.
Vicente Amigo se trouva décidément à l’honneur puisque les deux artistes interprétaient un peu plus tard un second morceau du même guitariste intitulé « solea » ou l’expression de la solitude de l’être devant l’inéluctable.
Amalia expliquait ensuite que le flamenco est régi par une métrique qui lui est spécifique, appelée « compas ». Si quelques morceaux de flamenco sont à quatre temps, la majorité est à douze temps… Le flamenco, s’il n’est –cela se discute– la plus populaire des musiques savantes, par contre, il est assurément la plus savante des musiques populaires !
Les deux artistes enchaînaient ensuite avec, entre autres morceaux, un « tango » (une forme musicale du flamenco qui n’a rien à voir avec le tango argentin), une « Alegria » (mot qui signifie la joie) empruntée à un grand compositeur flamenco du début du siècle dernier, Nino Ricardo, et une « buleria », morceau festif par excellence, très rapide et débordant de vie, du maître Paco de Lucia.
Pour compléter le spectacle éducatif, Amalia décortiquait rapidement, avec démonstrations à l’appui, les techniques de frappe des pieds qui caractérisent tant le flamenco et qui sont au nombre de cinq, ainsi que les célèbres « palmas » qui sont des battements de mains marquant les temps de la danse.
Pour terminer le spectacle, Amalia interprétait, toujours accompagnée par David Hoarau, une danse folklorique andalouse, la sevillana, qui a été « aflamenquisée », c’est-à-dire intégrée dans le répertoire flamenco.
Nos deux artistes quittaient la scène sous des applaudissements fournis. Nul doute que les élèves des écoles du Sud se souviendront longtemps encore de cet intermède musical dans leur temps scolaire, et que les deux artistes réunionnais auront déjà suscité, si ce n’est des vocations, tout du moins une grande envie du jeune public d’en apprendre encore davantage sur le culte de l’émotionnel qu’est le flamenco.
J.A.


WRI