Archive pour mai 2011
Du symbole à l’idéologie
Quoi de plus anodin qu’un symbole ? Un châle par exemple, couvrant les cheveux ou entourant le visage. Et pourtant, lorsqu’il est pris au piège de la religiosité, ce symbole devient une arme. Le symbole est relatif car il n’est que la fabrication par l’homme d’une représentation abstraite, partielle et partiale de son environnement, tandis que l’idéologie est une vérité entière et absolue aux yeux de ceux qui l’ont forgée.
Tout dernièrement s’est tenu à Paris, à l’initiative de l’UMP et de son secrétaire général Jean-François Copé, un congrès dont le thème était «laïcité et identité» mais qui, en vérité, sous-entendait un débat sur le voile «islamique» et sur l’islam. Soulignons qu’il y avait si peu de participants que l’on se demande si les protagonistes n’auraient pas préféré y participer derrière une burqa afin qu’on ne les reconnût pas. Remarquons par ailleurs qu’un parti politique, partisan par définition, n’est pas l’organisme le mieux placé pour organiser un tel débat.
Mieux aurait valu un débat sur l’islam plutôt qu’un débat sur l’identité. Cela aurait été moins hypocrite. Toutefois les cartes étaient dangereusement faussées car, à l’idéologie du premier concept aurait été opposé les symboles du second. A la pureté de l’un, le blasphème de l’autre. Les instigateurs de ce débat l’ont bien compris. Ils ont eu peur de la confrontation et ont fait marche arrière. Il est plus aisé de discuter du profane que du sacré.
Quand à l’obligation de circuler à visage découvert dans les lieux publics, cela ne méritait même pas un débat car il va de soi que pour de simples raisons sécuritaires, le consensus français est pratiquement sans exception sur le sujet.
Quand la soutane de l’abbé Pierre n’était pas un problème
Lorsque la loi sur la laïcité a été votée en 1905, la soutane du prêtre séculier ne posait aucun problème. L’abbé Pierre l’a même arborée à l’assemblée nationale (il a été député de la nation française de 1945 à 1951). Et pourtant, c’était un signe hautement ostentatoire d’appartenance à une confession religieuse. Oui mais voilà, ces distinctions vestimentaires font parties des matrices disciplinaires et ancestrales de la représentation occidentale. Pensez… depuis que la cléricalisation s’est imposée en France ! Ce qui est curieux c’est que le «nombril-à-l’air», on s’y est aussi habitué. Et pourtant, il n’a pas l’ancienneté de la soutane. Mais il est vrai que cette mode n’est porteuse d’aucune obsession.
Rappelons aussi qu’il n’y a pas encore si longtemps, la France profonde, de la paysanne à la dévote, portait la coiffe ou le voile, et que jamais personne ne s’est récrié sur le sujet. Et pour cause, il s’agit dans ce cas d’une tradition bien française.
Par contre, le voile que portent les femmes musulmanes suscite de plus en plus un ressenti d’agression. De l’explication même fournie par Djalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris, et assurément érudit plus averti en islamologie que les organisateurs de ce colloque, le voile n’est pas une obligation cultuelle mais une tradition vestimentaire culturelle arabe et bédouine en terre d’islam et il se trouve que parmi les immigrés, ces deux dernières catégories de personnes sont les plus représentées. Il est donc évident de dire que demain on croisera de plus en plus de voiles et qu’il faudra bien s’y faire.
Il est par ailleurs indéniable que la persistance de cette polémique autour du voile va voir, selon le sacro-saint principe d’Archimède appliqué à la psychologie, de plus en plus de musulmanes braver l’interdit…. (lire la suite de l’article de JipSan)

WRI