Je me souviens d’une émission de télé. Un présentateur de la chaîne d’Etat, animait un débat public sur l’intégration. Parlant de personnes immigrées ou issues de l’immigration il en vint à dire : « il est vrai que certaines sont là depuis plus de dix ans et force est de constater qu’elles ne se sont pas intégrées. Elles portent toujours la djellaba ! »
– « J’allais vous faire la même remarque, vous m’avez coupé l’herbe sous le pied », renchérit un interlocuteur.
Au fond de la salle, un petit monsieur, jugeant inapproprié de répondre à une telle caducité, se pencha malgré tout vers son voisin et lui dit sans baisser la voix : « j’ai enseigné durant vingt ans en Haute Volta et mes collègues, professeurs comme moi, qui portaient tous la djellaba, n’ont jamais pensé un seul instant que je ne m’étais pas intégré, moi qui ne m’étais jamais départis de mes pantalons à pinces ».
L’animateur qui avait entendu, lui rétorqua : « Oui, mais eux étaient des musulmans et vous vous ne l’étiez pas ». Devant non pas une confusion des genres, mais plutôt face une constante de la désignation –la djellaba à Paris, ou l’islam à Ouagadougou, deux remarques qui procèdent de la même métaphore– le monsieur du fond de la salle préféra ne pas poursuivre plus loin la discussion.
Remarquons en passant que, du côté de l’institution française, il y a deux poids deux mesures, car, comment expliquer sinon par des raisons géopolitiques (le plus grand lagon du monde, la zone maritime économique, les nodules poly métalliques…) que la France qui intègre du bout des lèvres dans l’hexagone, le fasse à bras ouverts en dehors. Bref, ce n’est pas l’humanité qui va s’en plaindre !
Il aurait aussi aimé lui expliquer que sur cette île vit une petite communauté de Français de France à qui on a jamais demandé de « s’intégrer ». Heureusement, le comble a été évité, car cette fois, les « mzungus » (mot désignant « les blancs » en mahorais) de Mayotte sont bien français chez eux, dans cette île, à l’inverse du « toubab » (mot désignant « le blanc » en Bambara) de Haute Volta qui lui, n’était que Français chez l’autre !!!
L’armada des gueux
Nous soulevions, dans notre précédent billet du 29/04/09, l’hypothèse que le concept infernal que sont les caricatures partisanes et les nostalgies trompeuses, issues du colonialisme pour les premières, et de sa fin d’époque pour les secondes, ne soit qu’une excuse. Une démarche inconsciente certes, afin de draper d’un voile de retenue la panique que soulève la véritable question : la surpopulation planétaire. Alors, l’intégration a bon dos. Le problème faussement soulevé n’est que l’excuse du refus de l’autre… ou plutôt du refus de partage.
Voilà, le maître mot lâché : le partage… des richesses, cela va de soi. Une notion que l’Occident occulte et continuera de faire jusqu’au jour où, le tiers monde éclopé, purulent, en guenille, embarqué sur une armada incommensurable de vieux rafiots, débarquera par vagues successives et incontrôlables, pour s’approprier ce qui lui a toujours été refusé. Et aucune police ne pourra l’arrêter.
Les pôles se seront inversés, ce sera à l’Occident de s’intégrer dans le nouvel ordre ethno-sociologique de la misère. Mais le pourra-t-il. Certainement pas. Il se tournera alors vers le septentrion, le pays du grand froid, pour une ultime fuite en avant. Le plus intégré n’aura-t-il pas été celui qui aura préparé son débarquement, ou celui qui aura passé son temps à ignorer cet inéluctable avènement ?
Le tsigane, Roi de l’intégration
Nous avons déjà connu une précédente armada, beaucoup moins nombreuse toutefois, plus pacifique, et infiniment plus poétique : celle du peuple artiste tsigane. Rien n’a pu l’arrêter, même pas les édits royaux de tirs à vue, même pas les camps de concentration du 3e Reich, même pas la tentative de génocide ethnologique du troc de la verdine contre la cage à lapin d’un clapier de cité de banlieue. Un peuple pourtant inoffensif eu égard à son tout petit nombre, mais un peuple qui dérange toujours les autorités –surtout les autorités françaises actuelles– qui cherchent par tous les moyens à le tenir à distance.
Un peuple qui, pour les gouvernements, ne s’est jamais intégré, mais qui connaît toutes les ficelles administratives, sociales et judiciaires de tous les pays qu’il traverse. Un peuple qui sur ce point est loin d’avoir raté son intégration ! c’est le moins que l’on puisse en dire. Et c’est une juste réponse car, dans les faits, qui est le plus intégré : celui qui, sans honte, brille de ses dents en or, portent de longues robes bariolées, huile ses cheveux mais sait tirer partie… où celui qui continue à porter le costard conventionnel tout en ayant peur que l’autre vienne le lui emprunter ?
L’intégration a le dos large, mais gare au choc en retour. Les marabouts du sud ou les chamans de l’est ne poserons pas le problème dans les mêmes termes le moment venu. L’occident aura alors définitivement raté son intégration dans le nouvel ordre de demain qui sera, cela va de soi, un ordre de partage forcé !
jipsan

WRI