La tolérance, un mot devenu vide de sens, qu’on peut lire sur toutes les lèvres. Une valeur que chacun se glorifie de partager. Une valeur devenue lieu commun de bienséance. Une valeur anti-morale, anti-sociale, anti-démocratique, anti-humaniste. La forme la plus subtile de l’exclusion de l’autre ! La forme de racisme la plus insidieuse !
Car la tolérance n’est rien d’autre que le fait du prince. Je te tolère et tu m’en seras doublement reconnaissant : d’abord parce que j’ai été magnanime à ton égard, et ensuite parce que je te permets de m’en remercier. C’est ce que l’on appelle ni plus ni moins de la condescendance avec demande de retour d’ascenseur.
Me promenant un jour dans Belleville et remarquant une abondance de visages, non pas d’étrangers –je ne leur ai pas demandé leur cartes d’identité– mais de personnes dont les origines étaient à l’évidence loin d’être bretonne, cauchoise ou parisienne, je me hasardais à aborder un monsieur traînant un cabas à roulettes et faisant ses courses :
– « Dites moi, Monsieur, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’étrangers dans ce quartier. »
– « M’en parler pas, il n’y a que ça, des arabes, des noirs… On n’est plus en France. »
– « vous êtes du quartier ? »
– « Oui, depuis que je suis né ».
– « Vous sentez vous quand même à l’aise ? », osais-je lui demander.
– « Faut faire avec, je n’ai pas les moyens de déménager. Remarquez, je leur ferai pas d’mal ! ».
– « Ca ne craint pas, parfois ? ».
– « Oh vous savez, le mieux c’est de les ignorer. Moi je fais comme si je les vois pas et il ne m’est jamais rien arrivé. J’ai appris à vivre avec eux. Disons que je suis devenu tolérant. »
« Et eux, pensez-vous qu’ils vous tolèrent ? » me enhardis-je à
lui demander… (lire la suite de l’article)
jipsan

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