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Archive pour le 29 avril 2009

La tolérance, un mot devenu vide de sens, qu’on peut lire sur toutes les lèvres. Une valeur que chacun se glorifie de partager. Une valeur devenue lieu commun de bienséance. Une valeur anti-morale, anti-sociale, anti-démocratique, anti-humaniste. La forme la plus subtile de l’exclusion de l’autre ! La forme de racisme la plus insidieuse !

Car la tolérance n’est rien d’autre que le fait du prince. Je te tolère et tu m’en seras doublement reconnaissant : d’abord parce que
j’ai été magnanime à ton égard, et ensuite parce que je te permets de m’en remercier. C’est ce que l’on appelle ni plus ni moins de la  condescendance avec demande de retour d’ascenseur.

Me promenant un jour dans Belleville et remarquant une abondance de visages, non pas d’étrangers –je ne leur ai pas demandé leur cartes d’identité– mais de personnes dont les origines étaient à l’évidence loin d’être bretonne, cauchoise ou parisienne, je me hasardais à aborder un monsieur traînant un cabas à roulettes et faisant ses courses :

– « Dites moi, Monsieur, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’étrangers dans ce quartier. »

– « M’en parler pas, il n’y a que ça, des arabes, des noirs… On n’est plus en France. »

– « vous êtes du quartier ? »

– « Oui, depuis que je suis né ».

– « Vous sentez vous quand même à l’aise ? », osais-je lui demander.

– « Faut faire avec, je n’ai pas les moyens de déménager. Remarquez, je leur ferai pas d’mal ! ».

– « Ca ne craint pas, parfois ? ».

– « Oh vous savez, le mieux c’est de les ignorer. Moi je fais comme si je les vois pas et il ne m’est jamais rien arrivé. J’ai appris à vivre avec eux. Disons que je suis devenu tolérant. »

« Et eux, pensez-vous qu’ils vous tolèrent ? » me enhardis-je à lui demander.

Le vivre-ensemble

Le monsieur s’est alors campé bien en face de moi et m’a regardé droit dans les yeux : « Et bien il ne manquerait plus que ça qu’ils me tolèrent pas, je suis quand même chez moi, ici ».

Non, je ne suis pas tolérant. Je ne suis pas non plus intolérant ; Je suis seulement a-tolérant, car, sous le vocable de la tolérance, se cache une hypocrisie faite de fausse conscience parce que nourrie à l’éther de ce couple infernal –mais qui n’est qu’un prétexte, nous verrons cela dans un prochain billet– que sont les caricatures partisanes et les nostalgies trompeuses.

Ne pas tomber dans le piège de la tolérance, c’est sortir du galvaudage des lieux communs érigés en maxime passe-partout à la manière de : « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».
Non la liberté des uns ne s’arrête pas là où commence celle des autres, ce qui revient à faire vivre l’individu chacun sur son île ; mais, comme le  dit le biologiste Albert Jacquard : « la liberté des uns commence là où commence celle des autres » et cette fois, enfin, tout le monde apprendra à vivre ensemble, sur la même oasis.

Il existe, dans l’océan Indien, un département insulaire multiethnique français, La Réunion, où chacun apprend à vivre ensemble, à la même heure et avec les mêmes espérances, pour autant se faire que peut que les inévitables courants sous-marins de contradiction ne se réveillent pas en force si un jour la contention institutionnelle était levée, comme ce fut le cas, en 1979, dans une île voisine, multiethnique elle aussi, l’Ile Maurice pour la nommer. Ce fut un bain de sang. Au concept de tolérance, substituons-lui celui de vivre-ensemble. Car, enfin,  comment puis-je t’exclure, toi qui n’es qu’une partie privilégiée de moi, et moi une autre partie privilégiée de toi. T’exclure serait m’exclure moi-même. Le biologiste Jean Rostand l’a bien résumé : nous, êtres humains physiques et psychiques, ne sommes qu’ « une mosaïque originale d’éléments banaux ».

jipsan

La tolérance, un mot devenu vide de sens, qu’on peut lire sur toutes les lèvres. Une valeur que chacun se glorifie de partager. Une valeur devenue lieu commun de bienséance. Une valeur anti-morale, anti-sociale, anti-démocratique, anti-humaniste. La forme la plus subtile de l’exclusion de l’autre ! La forme de racisme la plus insidieuse !

Car la tolérance n’est rien d’autre que le fait du prince. Je te tolère et tu m’en seras doublement reconnaissant : d’abord parce que j’ai été magnanime à ton égard, et ensuite parce que je te permets de m’en remercier. C’est ce que l’on appelle ni plus ni moins de la condescendance avec demande de retour d’ascenseur.

Me promenant un jour dans Belleville et remarquant une abondance de visages, non pas d’étrangers –je ne leur ai pas demandé leur cartes d’identité– mais de personnes dont les origines étaient à l’évidence loin d’être bretonne, cauchoise ou parisienne, je me hasardais à aborder un monsieur traînant un cabas à roulettes et faisant ses courses :

– « Dites moi, Monsieur, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’étrangers dans ce quartier. »

– « M’en parler pas, il n’y a que ça, des arabes, des noirs… On n’est plus en France. »

– « vous êtes du quartier ? »

– « Oui, depuis que je suis né ».

– « Vous sentez vous quand même à l’aise ? », osais-je lui demander.

– « Faut faire avec, je n’ai pas les moyens de déménager. Remarquez, je leur ferai pas d’mal ! ».

– « Ca ne craint pas, parfois ? ».

– « Oh vous savez, le mieux c’est de les ignorer. Moi je fais comme si je les vois pas et il ne m’est jamais rien arrivé. J’ai appris à vivre avec eux. Disons que je suis devenu tolérant. »

« Et eux, pensez-vous qu’ils vous tolèrent ? » me enhardis-je à

lui demander… (lire la suite de l’article)

                                                                                                    jipsan

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